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L’éducation thérapeutique des patients BPCO augmente la mortalité

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VS FAN  – Am Intern Med 2012 ;  156 : 673-683

L’éducation thérapeutique et l’apprentissage à l’autogestion de leur maladie réduit la fréquence des hospitalisations des patients BPCO (RICE, BOURBEAU) FAN VS et coll (A comprehensive care management program to prevent COPD hospitalisations) ont  conduit une étude multicentrique, randomisée, contrôlée chez les patients BPCO sévères pour préciser l’influence d’un programme d’éducation thérapeutique associé à un plan d’action individualisé, régulièrement renforcé par des contacts téléphoniques, sur les réhospitalisations. Parmi les patients hospitalisés pour BPCO dans l’année précédant leur inclusion, 209 patients ont constitué le groupe d’éducation thérapeutique (ET) et 217 le groupe soins habituels (SH). Les patients devaient être suivis pendant au minimum un an avec à l’inclusion et en fin d’études, réalisation d’une spirographie, questionnaires de St George et SF-12, de satisfaction, de dépression, de connaissances sur la BPCO et d’auto efficacité.


Résultats
Entre le début de l’étude (janvier 2007) et l’analyse des résultats intermédiaires (15 janvier 2009), les auteurs ont observé un excès de mortalité dans le groupe ET qui a conduit à l’interruption de l’étude. L’incidence cumulée d’hospitalisation pour BPCO était de 27% dans le groupe ET et de 24% dans le groupe SH (HR 1.13 ; p=0.62), sans différence significatives pour les hospitalisations d’autres causes. Pendant les 12 premiers mois de suivi, 600 exacerbations dans le groupe ET (4.4 par patient année) et 610 dans le groupe SH (4.3 par patients année) sont survenues. 2.5 dans le groupe ET et 2.1 dans le groupe SH exacerbations par patients-année, ont été traitées par prednisone (RR=1.25 ; p=0.011) avec un délai de traitement par rapport aux premiers symptômes, équivalent dans les deux groupes ET et SH respectivement 6.4 vs 7.7 jours (p=0.48). Le retard de prise des antibiotiques était de même comparable 7.0 vs 6.8 jours. A la fin de l’étude interrompue, 28 patients étaient décédés dans le groupe ET et 10 dans le groupe SH (HR=3 ; p=0.003). Ces résultats restaient confirmés après ajustement pour les facteurs de base, analyse COX (âge, VEMS% prédit, tabac, oxygénothérapie, qualité de vie, multiples hospitalisations etc….). En fin d’étude, il avait été noté une amélioration statistique et significative de l’auto efficacité du patient du groupe ET (p=0.044), sans amélioration significative de l’état de santé global ou de la BPCO, des connaissances de la BPCO ou de la satisfaction des patients.
Conclusion
La prise en charge des patients BPCO dans le cadre d’une éducation thérapeutique associée à un plan d’action individualisé, à un suivi téléphonique régulier par un personnel de santé spécifiquement formé, ne diminue pas la fréquence des réhospitalisations dues à la BPCO. Il faut noter cependant, qu’il n’y a pas eu de modification du comportement du groupe ET, pas de mise en œuvre de plan d’action (même délai de recours aux antibiotiques et corticoïdes). Par contre, l’essai a été interrompu par suite d’une mortalité supérieure dans le groupe ET sans amélioration de leurs connaissances sur la BPCO. Aucune explication à cette surmortalité n’a été mise en évidence, mais elle permet d’insister sur l’importance de l’analyse intermédiaire des résultats des études scientifiques.

JM POLU – Pneumologue